Mamadou Syma SYLLA
Ministre de la Justice, M. Mamadou Syma SYLLA (15.04.2003-29.05.2006)
Affaire Sidya: L?arrêt de la Chambre est-il politique ou juridique ?
La chambre de mise en accusation a, mercredi dernier, annulé la procédure judiciaire engagée contre le leader de l?Ufr, Sidya Touré, Capi Camara, Rougui Barry, Baidi Aribot, Colonel Toto cités dans l?affaire du « complot de Paris ».
Par cet acte, la chambre dirigée par Mme Cissé Souadou renvoie le ministère public à mieux se pourvoir. Ce qui signifie que les arguments avancés par l?accusation ? l?Etat ?, ne tiennent pas devant le droit. Il est vrai qu?à travers cette décision, Mme Cissé Souadou a signé en lettre capitale son nom sur le frontispice de l?histoire judiciaire de la Guinée. Car, il faut le rappeler, le ministre de la Sécurité, M. Moussa Sampil croyait dur comme fer en la fiabilité de ce dossier qu?il a, selon certains, monté de toutes pièces pour abattre l?un des principaux opposants du Général Conté. Le ministre Sampil a donc perdu face à l?intransigeance du ministre de la justice, Mamadou Sylla ??Syma?? et de Mme Cissé Souadou à faire respecter la loi, rien qu?elle. Syma qui, depuis le starter de cette affaire s?est montré méfiant nonobstant ??la solidarité gouvernementale?? a certainement voulu dire à Sampil que « plus que lui, lui est ami la vérité ».
Il faut rappeler que c?est Mamadou Sylla qui, en tant que président de la cour de sûreté de l?Etat avait jugé l?opposant Alpha Condé et, à ses côtés, il y avait une certaine Mme Cissé Souadou, comme membre de la Cour. La décision prise à l?époque avait fait grincer les dents aux caciques du régime. En effet, Alpha poursuivi pour atteinte à la sûreté de l?Etat n?avait écopé que de cinq ans de prison. Jugement apaisant mais surtout de juste milieu pour ??Syma?? qui, à l?époque, faisait l?objet de tout genre de pressions.
On se souvient encore de la ??certitude de culpabilité?? lancée par l?ancien Premier ministre, Lamine Sidimé au moment où le procès se tenait. Syma y a résisté et, à défaut de le ??relaxer purement et simplement??, a condamné l?opposant à un emprisonnement insignifiant par rapport au délit à lui reproché. Loin de cautionner l?emprisonnement d?un innocent- qui ne mérite pas une seconde en prison-, l?arrêt rendu par la cour dirigée à l?époque par l?actuel ministre de la justice était, pour qui connaît la Guinée, très courageux et allait à l?encontre des intérêts des apparatchiks du régime. La preuve ? Après ce jugement Syma, à l?époque, un peu souffrant, fut abandonné, le mot colle au fait. Pour lui, commença ainsi une descente aux enfers jusqu?à ce qu?il fut réhabilité par le Général. Comme lui, quelques membres de cette cour notamment Mme Cissé Souadou, aujourd?hui présidente de la chambre de mise en accusation perdit, inerte, de nombreux privilèges.
Mais au-delà de ce que l?on peut qualifier d?héroïque chez Syma et Mme Cissé Souadou, nombreux sont, ceux qui qualifient l?arrêt de la chambre de mise en accusation d?acte politique tendant plutôt à montrer patte blanche devant l?Union Européenne très regardante des droits de l?homme dans les pays ACP qui s?attendent à son aide financière pour faire face à leur quotidien, entre autres. Ce qui en fait donne du punch à cette idée, est le retard qu?a accusé la chambre à prendre sa décision.
La chambre de mise en accusation fut, en effet, saisie du dossier Sidya pendant la deuxième quinzaine du mois d?août. Mercredi 23 juin, elle renvoya pour la première fois l?ouverture du dossier à huitaine pour, avait-elle soutenu, permettre aux avocats de l?Etat de prendre connaissance du dossier. Puis vinrent le 30 juin, le 7 juillet, le 14 juillet. A chaque date correspondait un argument de report qui allait de l?inhumation du procureur Saïkou Yaya à la maladie d?une conseillère. Il semble que tout ce tralala consistait à attendre que la délégation gouvernementale se rende à Bruxelles. Celle-ci reçue le 20 courant à Bruxelles, la chambre vida enfin le délibéré le 21. La décision prise est de nature à rassurer l?Union Européenne hostile au musellement des opposants. Alors question : la décision de la chambre est-elle politique ou juridique ?
Auteur: Ibrahima Sory TRAORE correspondant KABANEWS Conakry
Date: 26/07/2004 18:20:00











