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Richard Alexandre

Richard Alexandre:« Ce que l’étudiant ne trouve pas sur place, il ira le chercher ailleurs »

Dr Richard Alexandre, Vice recteur de l’université de Conakry a reçu cette semaine la rédaction de Gamal Info. Dans cette interview, il parle de son appréciation sur le niveau général des étudiants de l'université de Conakry, du départ massif des étudiants guinéens vers l’étranger… Et de sa vision du système éducatif guinéen.

 

Gamal Info: Merci M. le Vice-recteur d’avoir accepté de nous recevoir et de répondre à nos questions. Pour commencer, quelle appréciation faites vous du niveau des étudiants de l’université de Conakry ?

 

Dr. Richard Alexandre : je dirais que le niveau des étudiants de l’université de Conakry est assez disparate. J’aurai pu dire que le niveau pour tous les étudiants est bon si nous recevions du lycée rien que des étudiants qui ont eu la moyenne au baccalauréat. Mais, malheureusement, il y a beaucoup de repêchés. Mais je ne vais pas me risquer à faire une telle conclusion.

 

Ce que je peux dire, c’est que l’encadrement pédagogique est bon puisque nous avons des enseignants qui ont eu à donner des cours dans d’autres universités. En principe, le niveau des étudiants de l’université de Conakry peut être considéré comme étant bon.

 

Gamal Info: Les jeunes étudiants guinéens sont attirés aujourd’hui par l’eldorado Euro-Américain, quel est votre avis ?

 

Dr. Richard Alexandre : C’est le cas également chez les jeunes footballeurs. Mais quand ces derniers vont pour jouer dans les clubs en Europe, après leurs formations, ils reviennent servir le pays. Disons que la nature à horreur du vide. Ce que l’étudiant ne trouve pas en Guinée, il ira le chercher forcément ailleurs. La Guinée n’est plus un pays fermé.

 

C’est donc une très bonne chose que les étudiants partent se former à l’étranger. Mais ce qui est regrettable, c’est de quitter sans aucune ressource. Le pire, au lieu de s’occuper de ses études, l’étudiant s’occupe d’autres choses et la suite vous connaissez. Les quelques rares parmi eux qui arrivent à se former refusent de retourner au pays.

 

Gamal Info: Mais qu’est ce qui est envisagé par l’université pour réduire ces départs massifs de nos jeunes intellectuels ?

 

Dr. Richard Alexandre : Pour réduire cette fuite de cerveaux, l’université de Conakry envisage de bâtir des programmes performants et l’installation de laboratoires. Si l’université a aujourd’hui des programmes et des labos performants, il n’y a aucune raison qu’un étudiant aille à l’étranger chercher ce qu’il peut trouver en Guinée.

 

Mais cela ne signifie pas que certain n’iront pas, même si ces conditions sont réunies. Avec le soutien de l’EPT (Education Pour Tous), nous comptons entreprendre la refonte totale de tous les programmes de formation de l’université de Conakry.

 

Des programmes qui vont être accrédités au niveau du CAMES (Conseil Africain et Malgache pour l'Enseignement Supérieur ) et des pays hors Cames. Il reviendra aux étudiants de se prendre en charge pour créer des entreprises afin de développer leur pays. Cela permettra sûrement de freiner le flot d’étudiants allant vers l’étranger.

 

Gamal Info: Quelle est votre vision de l’université de Conakry face à l’émergence des centres de formations privés qui poussent comme des champignons de même que l’installation d’antenne de grandes universités étrangères ?

 

Dr. Richard Alexandre : L’installation d’antenne de grandes universités étrangères est un plus pour la Guinée. Partout où il n’y a pas de compétition, il n’y a pas de progrès. Par conséquent, l’émergence de ces universités privées dans le pays doit permettre à l’université de Conakry à se mettre en cause et à donner des formations beaucoup plus performantes.

 

Mon, avis est que l’université de Conakry dans sa vision qui est de contribuer au développement socio-économique de notre pays peut apporter sa contribution dans ce cercle d’universités. Et je n’ai aucun doute que l’université est et sera leader dans la promotion de l’Etat.

L’université de Conakry dispose aujourd’hui des meilleures ressources humaines de notre pays, d’outil informatique assez performant lui permettant d’être au diapason de tout ce qui se fait comme formation, de recherche à travers le monde. L’installation des centres de formation et d’universités est donc une bonne chose pour la Guinée car elle permettra aux étudiants d’avoir une diversité de choix.

 

Gamal info: Si vous aviez à critiquer le système éducatif guinéen, que lui reprocheriez-vous à un moment où le monde est devenu très gourmand en compétences et où les notions de frontières perdent leur sens ?

 

Dr. Richard Alexandre : Comme vous le savez bien, la Guinée est passée d’un système d’économie planifié à celui libéral. Une économie planifiée qui avait nécessairement les séquelles et des effets pervers. Mais, je peux dire que le système éducatif guinéen a fait de très grand progrès notamment en matière d’amélioration du taux de scolarisation mais aussi de qualité. Pour le cas spécifique du système d’enseignement supérieur, je pourrais dire qu’il ne répond pas encore entièrement aux sollicitations du système d’éducation secondaire dans la mesure où les universités sont obligées d’organiser un concours faute de places disponibles permettant l'inscription de tous les bacheliers.

 

Ensuite, il y a le fait que dans notre système éducatif, au niveau du secondaire bien sûr, l'élève n'a que trois options de choix (Sciences mathématiques, Expérimentales et Sociales). Ceci freine un peu les possibilités de choix dans le supérieur et ne permet pas à l’université d’amorcer la formation des étudiants comme cela se devrait dans beaucoup de domaines.

 

Dans le domaine des ingénieurs par exemple, il n’y a pas de lycée professionnel. Il y a un certain nombre de notions qu’on apprend dans le secondaire dans d’autres pays que l’université de Conakry est obligée de donner à ses étudiants avant de démarrer la formation universitaire. Il y a également l’insuffisance d’équipement dans le système éducatif.

 

Interview réalisée par

TOURE Fodé Saliou

 

 

 

 

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